PARIS, [DECRYPTAGE/analyse] — La révision de la loi de 1994 se prépare. Son orientation est claire.

La loi de 1994 légalisait la fécondation in vitro suivie du transfert dans l'utérus de l'embryon humain (FIVETE ou " bébé éprouvette ").

Cette technique nécessite la production in vitro de plusieurs embryons qui ne sont pas tous réimplantés : d'où l'existence d'embryons surnuméraires congelés. La loi règle leur sort : destruction ou bien " accueil " par un autre couple. Mais la loi interdit toute expérimentation sur l'embryon humain pouvant porter atteinte à son intégrité. C'est cette disposition que la révision va amender.

Car, depuis 1994, il s'est avéré que l'embryon aux premiers stades est un matériel intéressant pour la thérapeutique, notamment de certaines maladies dégénératives du système nerveux. Il faudrait donc pouvoir en disposer à des fins scientifiques et thérapeutiques. Plus précisément, ce qui est intéressant dans l'embryon ce sont les cellules souches embryonnaires (ES, embryo Stem cells) : on prélève les cellules du bouton embryonnaire au stade blastocyste, on les met en culture — puis on tente de maîtriser leur différenciation pour obtenir des cellules nerveuses, musculaires, etc. pour, enfin, les greffer.

Mais qui dit greffe, dit problème d'immunocompatibilité : pour obtenir des lignées ES compatibles avec un adulte, il faut donc procéder au clonage thérapeutique (que la loi autorisera) : vider la cellule ES de son noyau et le remplacer par le noyau d'une cellule provenant du sujet malade. On obtiendrait alors des lignées de cellules totalement compatibles, à différencier puis à greffer.

Le problème éthique est tout simple : l'embryon humain est un individu de l'espèce humaine et donc une personne, c'est-à-dire à respecter absolument. Pour réduire l'embryon humain à un matériel biologique et thérapeutique, il est nécessaire qu'il soit une chose. Il est vrai que la loi de 1994 légitime déjà sa destruction... L'homme à ses commencements est totalement instrumentalisé. L'embryon humain est un servus procréatique et bientôt thérapeutique, l'esclave pour les temps biotechnologiques.

Vincent Bourguet est philosophe.