PARIS,[DECRYPTAGE/correspondance] - Noël à la rue, c'est souvent l'horreur : ce temps de fête ravive les douleurs et les manques, manque de famille, manque d'argent pour faire des cadeaux, manque d'espérance à fêter, manque d'amis à qui faire plaisir... La fête autour, les publicités, les décorations... L'agitation des préparatifs, créent de plus en plus l'angoisse.

Nous sommes loin du sens de Noël où Dieu nous rejoint dans nos pauvretés et nos faiblesses. Pour le peuple de la rue, Noël est source de violence et de détresse. Moment où l'on boit plus encore pour anesthésier l'insupportable.

Toute l'année, les bénévoles amis des " Captifs " sont présents aux personnes de la rue, à ceux qui y vivent et souvent en meurent.

À Noël, nous redoublons d'attention par de petits cadeaux, par des repas et des fêtes sur chacune de nos antennes et par des célébrations préparées avec nos amis de la rue. Nous sommes spécialement attentifs à ceux qui sont en prison ou à l'hôpital, par des visites, des petits mots ou des mandats. Une fête sur mesure en anglais aura lieu pour de jeunes africaines se prostituant sur les boulevards extérieurs ; elles accueillent cette initiative avec enthousiasme, s'y investissent, nous apprennent les danses de chez elles. Nous assisterons à la messe ensemble.

La nuit et le jour de Noël, nous restons présents par des tournées-rue, auprès de ceux qui n'ont même plus le courage de rejoindre les merveilleuses fêtes du Secours catholique ou du Noël aux Halles. Les femmes qui se prostituent sont très émues de recevoir ces jours-là un signe de tendresse, une bougie, une fleur, un petit pot de confiture maison ou un ange doré. Ceux qui vivent à la rue nous font une place à leur côté, nous ouvrant leur solitude.

Un petit groupe de quinze personnes, la plupart à la rue, mais aussi des amis et des membres de l'association, se rendront dans un monastère du 23 au 26 décembre, pour fêter la Nativité. Pendant la préparation, nous rêvons du sapin que nous allons décorer et de la joie que chacun aura à offrir le cadeau qu'il a apporté. Daniel se fait prêter des jeux de société à emmener, Momo veut se déguiser en Père Noël, tous veulent faire du feu dehors, Stéphane nous fera connaître Dalida, Marie veut nous dire des contes, Daniel se promènera seul dans la forêt, tous désirent faire une crèche vivante, ils se réjouissent de décorer les tables pour toutes les personnes accueillies au monastère : c'est pour eux une si grande joie de pouvoir offrir et partager... Avec les soeurs qui nous accueillent à Bonnelles, nous construisons ces rêves.

Cécile Rocca est permanente de l'association " Aux Captifs, la libération "

151 rue du Chemin Vert, 75011 Paris. Tél. 01 49 23 89 90

captifs@free.fr