PARIS, [DECRYPTAGE/témoignage] -
La Cour de cassation vient de confirmer mercredi 28 novembre l'arrêt Perruche qui admet le principe d'une indemnisation du fait de sa naissance. La décision de la Cour valide donc l'arrêt Perruche du 17 novembre 2000, selon lequel le fait d'être né pouvait être un préjudice.
A la suite de cet arrêt, dès le 1er décembre suivant, des familles avaient répondu à l'appel du docteur Xavier Mirabel, pour manifester fortement leur désarroi et leurs craintes. Regroupées au sein du Collectif des parents contre l'handiphobie (CCH), ces 100 familles, toutes touchées par le handicap d'un enfant - aujourd'hui plus de 200 - interpellaient les hommes politiques pour demander qu'une loi interdise que l'on puisse obtenir une indemnisation du fait de sa naissance.
Ce qui pouvait paraître une dérive semble aujourd'hui être une orientation clairement définie. Un enfant trisomique sera indemnisé du fait d'être né handicapé. Les parents de Nicolas Perruche demandaient réparation car, selon eux, leur enfant avait subi un préjudice en naissant handicapé. S'ils avaient su, ils auraient interrompu la grossesse.
Une telle décision est insupportable pour les personnes handicapées et leurs familles. Ma fille polyhandicapée n'est pas un préjudice, mais un défi. La cour de cassation porte un regard de mépris sur nos enfants. Nous n'avons que faire des indemnités. Nous voulons de la solidarité. Nous voulons que l'on cesse de nous faire croire qu'il vaut mieux être mort que vivant. La pression ressentie par une femme à qui l'on annonce un handicap grave devient intolérable. La Cour de cassation ne peut juger si une vie à du prix ou non. La vie, tout simplement, n'a pas de prix !
La réponse ne peut être donnée par un tribunal aussi qualifié soit il. Le problème est politique au sens où nous sommes tous concernés par le handicap. Nous n'avons pas choisi d'avoir une enfant handicapée. Mais maintenant nous avons peur qu'il nous soit un jour reproché de l'avoir accueillie telle qu'elle était.
La Cour de cassation a peut-être été émue par la détresse réelle de parents affrontés au handicap de leur enfant. Cependant, elle apporte la plus mauvaise réponse qui soit. Elle va contre l'avis de son avocat général, Jerry Sainte-Rose, qui a dénoncé la dérive eugénique de tels arrêts ; elle va contre le Comité national d'éthique (CCNE) qui a rendu un rapport dénonçant les conséquences de l'arrêt Perruche ; elle va contre les personnes handicapées et leur famille en les rejetant dans le néant.
Aujourd'hui, nous appelons à une prise de conscience de tous. Notre regard sur les personnes handicapées doit changer. Les parents doivent être libre de choisir d'accueillir un enfant porteur d'un handicap, ce n'est pas à la justice d'en décider. Il ne faut pas confondre le handicap et la personne qui en souffre. Il faut tout faire pour soulager le handicap mais le respect dû à la personne ne peut être remis en question.
Damien Lutz est membre du Collectif des parents contre l'handiphobie (CCH). Photo : Xavier Mirabel, président du CCH, avec sa fille Anne.









