PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] — Dans un article du quotidien " les Echos " (27 décembre 2000), Dominique Seux a semé le trouble dans les milieux professionnels en indiquant que le patronat français préconisait un nouveau recours à l'immigration, comme solution à l'actuelle pénurie de main d'œuvre.

Fondant son affirmation sur un rapport établi par la Chambre de commerce de Paris, l'auteur pratique un amalgame entre l'organisme consulaire parisien et le patronat français représenté par le MEDEF.

En réalité, les experts du patronat privilégient le développement de la formation des nombreux demandeurs d'emplois par une action concertée avec les acteurs de terrain tels que l'ANPE, les missions locales ou les différentes structures d'insertion. Le MEDEF entend utiliser pleinement les nouvelles dispositions de l'assurance chômage qui prévoient des mesures d'accompagnement personnalisées pour les demandeurs d'emploi — bilan de compétences, entretiens réguliers, formation, etc. — destinées à leur permettre de se reclasser plus rapidement. En outre, le MEDEF réclame une réforme en profondeur de la loi sur les 35 heures qui, selon lui, bride l'économie française.

Pour les représentants des entreprises, l'heure n'est donc pas à l'abandon des 2,2 millions chômeurs. La proposition de la Chambre de Commerce de Paris ne fait pas non plus l'unanimité du côté des syndicats et l'on a pu entendre la CFTC " s'interroger sur les motifs réels de cette générosité alors qu'il y a des jeunes, des compétences, des systèmes de formation qui peuvent apporter des réponses aux besoins des entrepreneurs ".

Le recours à l'immigration ne serait-il pas d'ailleurs quelque peu utopique ? Pourquoi imaginer que les pays de l'Europe extra communautaire disposeraient d'un trop plein de salariés qualifiés ou qualifiables rapidement employables en France ? Est-il en outre raisonnable ou simplement juste et humain de chercher à attirer dans notre pays des hommes et des femmes dont la nation a grand besoin pour son propre développement ?

Le rapport établi par la Chambre de commerce de Paris a-t-il pris en compte les difficultés qu'entraînerait, pour la communauté d'accueil comme pour les nouveaux immigrés eux-mêmes, un nouveau recours massif à l'immigration ?

La solution d'une " immigration plus généreuse " doit être analysée avec beaucoup de prudence ; elle nécessite une réflexion fondamentale sur les conditions d'une véritable intégration des migrants, seule capable d'éviter de nouvelles tensions au sein de la trop fragile société française.

On ne peut que renvoyer les partisans de cette solution au message de Jean Paul II à l'occasion de la journée mondiale de la Paix, qui analyse cette grave question avec clairvoyance et générosité. Le Saint-Père rappelle notamment qu'" il faudra concilier l'accueil qui est dû à tous les êtres humains, spécialement aux indigents, avec l'évaluation des conditions indispensables à une vie digne et pacifique pour les habitants originaires du pays et pour ceux qui viennent les rejoindre ".

Le problème de la pénurie de main d'œuvre risque de durer longtemps. Il doit conduire les responsables économiques, sociaux et politiques à une véritable réflexion sur la formation et l'insertion des chômeurs et non pas être traité par des solutions plus expéditives que généreuses.

François Jusot est vice-président de la Fondation de service politique