PARIS, [DECRYPTAGE/analyse ] — A la demande de Lionel Jospin, la France a obtenu la substitution du terme " spirituel " au terme " religieux " dans la Charte européenne des droits fondamentaux.

Le choix qui a été opéré est clair : il permet de mettre en parenthèse les différentes institutions où s'incarne le sens religieux. Il permet en particulier d'éviter de prendre en compte ce qui relève de la foi (en l'occurrence les dogmes).

Le " spirituel ", dont le " moral " est sa traduction dans l'action, est une notion floue qui va jusqu'à satisfaire l'agnosticisme. Un " spirituel " aussi flou ne peut donner naissance qu'à une " morale " également floue, susceptible de correctifs continuels. A un " spirituel " essentiellement subjectif ne peut donc correspondre qu'une morale également subjective.

Bref, parler du patrimoine " spirituel et moral ", cela n'engage à rien pour l'avenir, puisque cela sous-entend que cela n'a pas de structure, pas de contours clairement déterminés, pas d'institutions en lesquelles peut se condenser une pensée, pas de repères qui vaudraient pour toujours. Il en irait différemment du " patrimoine religieux " : il resterait un ensemble d'institutions susceptibles, au nom de leur contribution à la formation de l'Europe, de dire quelque chose aujourd'hui encore, d'offrir des repères.

Par ailleurs le christianisme a profondément façonné l'Occident, notamment en lui donnant la notion de liberté individuelle. Mais la société moderne a si bien accueilli cet héritage, qu'elle a cru pouvoir se passer de celui qui en était à l'origine. C'est la réédition historique et sociale du péché originel : Dieu crée un être autonome qui s'affranchit de lui en s'opposant à lui.

Pourrait-on dire que nos sociétés sont dans une phase adolescente de rejet ? Qu'elles retrouveront ultérieurement avec Dieu, la loi naturelle et les institutions religieuses qui l'ont conservée un rapport filial ? En tout cas il est sûr qu'une nation est portée par sa culture et que celle-ci a pour matrice la forme qu'a revêtue sa relation à Dieu (sa religion). En ce sens l'Europe est chrétienne et façonnée par les institutions religieuses chrétiennes. Cependant, il faudrait un accord de tous pour que ces valeurs aient valeur constitutionnelle, afin que la liberté de chacun soit respectée.