PARIS, [DECRYPTAGE/analyse] — À chaque nouvelle affaire de financement des partis politiques, la défense tourne inévitablement autour des mêmes thèmes : d'abord le déni et l'invocation de la présomption d'innocence ; ensuite, quand les faits sont avérés, ils sont déclarés anciens, n'ayant entraîné aucun enrichissement personnel, et commis pour la bonne cause ; enfin, quand vient le procès, il s'agit d'un cas isolé qui ne saurait entacher la classe politique elle-même.

Une rapide chronologie des faits dément ce discours lénifiant et met en lumière une réalité différente qu'il serait temps d'assumer.

La chronologie comporte deux voies parallèles, celle des affaires et celle des réformes législatives, et se révèle d'autant plus instructive qu'elle s'inscrit dans un contexte qui l'amplifie. Celle des " affaires " en premier lieu, sous forme d'un rappel sommaire des principales d'entre elles, dans l'ordre de leur apparition :

1987 : affaire " Luchaire ", la toute première, liée à des exportations d'armement et touchant au financement du PS ;

1989 : début de l'affaire " URBA " mettant en cause de nombreux dirigeants du PS et ayant abouti à plusieurs condamnations dont celle de H. Emmanuelli ;

1989 : affaire " Carrefour du Développement " mettant en cause C. Nucci qui bénéficia ensuite de l'amnistie ;

1990 : affaire M. Noir, maire de Lyon ;

1994 : affaire A. Carignon, maire de Grenoble, ayant abouti à sa condamnation ;

1994 : début de l'affaire dite " des HLM de Paris ", dont l'instruction vient d'être rouverte après les confessions posthumes de J.-C. Méry ;

1995 : début de l'affaire des emplois fictifs du RPR ;

1995 : affaire Dugoint/Xavière Tibéri dans l'Essonne ;

1996 : affaire Destrade, député PS des Pyrénées-Atlantiques ;

1996 : affaire du financement du PC par la CGE dont le procès vient d'être interrompu pour irrégularité de procédure ;

1996 : affaire du financement du PR par le " Fondo " ;

1997 : début de l'affaire dite des " lycées d'Ile de France ", relative au financement des principaux partis du conseil régional (RPR, PR, PS) ;

1997 : début de plusieurs affaires " Elf International ", dont certaines impliquent R. DUMAS ;

1998 : affaire de la MNEF mettant en cause D. Strauss-Kahn et divers membres du PS.

La seconde chronologie sera plus courte : après avoir accompagné le démarrage des affaires, les réformes législatives n'ont pas pu suivre leur développement, l'opinion publique se cabrant au fur et à mesure.

Mars 1988 : première loi sur le financement des partis politiques ;

Juillet 1988 : première amnistie, suite à l'élection présidentielle ;

Janvier 1990 : deuxième loi sur le financement des partis politiques et deuxième amnistie ;

Janvier 1995 :troisième loi sur financement des partis politiques (interdiction des dons faits par les entreprises) ;

1995/6 : tentatives (avortées) de réforme de la législation sur l'abus de biens sociaux.

Pour apprécier la signification de ces étapes successives, il faut les replacer dans un contexte plus vaste où la justice a été, et demeure, conduite à se prononcer régulièrement sur des agissements délictueux commis par des hommes politiques, et qui concernent : 1/ soit la fraude électorale (voir les très nombreuses élections annulées au cours des années 80 et les réformes des procédure de vote qui en ont résulté ; mais aussi les enquêtes en cours sur les faux électeurs de Paris) ; 2/ soit de l'affairisme pur et simple (gestion des villes de Nice, Cannes, ou Toulon par exemple, dont les anciens maires ont été condamnés ; agissements de B. Tapie qui fut député et ministre, également condamné ; cas de plusieurs députés ou ministres dont les résidences, principales ou secondaires, ont été construites ou rénovées par des entreprises dans des conditions délictueuses ; sans même parler de délits d'initiés ou d'exportations illégales d'armements impliquant au moins des collaborateurs très proches de ministres alors en fonction).

François de Lacoste Lareymondie est vice-président de la Fondation de service politique