Dans les singuliers referendums organisés dans les « oblasts » (régions administratives) de Donetsk et de Louhansk, la question appelait très directement la réponse des électeurs : « Soutenez-vous l’acte d’indépendance respectivement des républiques populaires de Donetsk et de Louhansk ? »

En principe, chaque citoyen de ces régions de la pointe Est de l’Ukraine, russifiées et soviétisées depuis l’époque stalinienne avait le choix entre Oui et Non, comme dans tout referendum. Mais ici, sans doute faut-il y voir une particularité de la « démocratie populaire », on n’avait fourni aux électeurs aucune enveloppe pour garantir la confidentialité du contenu des bulletins à glisser dans les urnes transparentes. Peut-être par souci d’une transparence totale…

En outre, comme plusieurs journalistes ont pu le constater, il était possible pour un seul votant de glisser plusieurs bulletins dans l’urne. Pourquoi réfréner un si bel enthousiasme électoral dans une « République populaire » en gestation ? Mais qu’on se rassure, tout était sécurisé : de nombreux hommes montaient la garde autour des urnes et des bureaux de vote. En outre, certains miliciens prorusses sont venus voter en tenue de combat, l’arme à la main. Dès lors, le calme a été assuré à peu près partout.

Pour quels lendemains ?

Alors même que le taux de participation restait encore assez mal défini (de 75% à 95% selon les districts d’après l’agence de presse russe RIA Novosti), selon les premières estimations des séparatistes, grands organisateurs de cette autodétermination, ce lundi matin, le « Oui » aurait recueilli 96% des votes à Louhansk (le fief de l’ex-président en fuite Viktor Ianoukovitch) et 89% à Donetsk.

Très vite, les commentaires ont divergé : le gouvernement ukrainien de Kiev a dénoncé « une farce criminelle organisée par le Kremlin », et un processus « juridiquement nul », qui a « violé la Constitution » et qui « n’aura aucune conséquence juridique pour l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». À l’opposé, le chef du groupe armé de la « République populaire » autoproclamée de Donetsk, Denis Pouchiline, a déclaré que désormais l’armée ukrainienne serait considérée sur place comme « une force d’occupation » et donc comme « illégale »… Ambiance…

Les Européens ont réitéré leur désapprobation, le ministre suédois des Affaires étrangères parlant d’un « pseudo referendum ». Mais la Russie a déclaré vouloir respecter « l’expression de la volonté des populations ». Deux jours avant en Crimée, parade militaire à l’appui, Vladimir Poutine avait déjà célébré « une fête où triomphe la force toute-puissante du patriotisme », dans un discours où le passé soviétique et le présent étaient étroitement unis sous le signe de la « volonté de fer ».

Ce nouveau culte de la force rencontre des admirateurs et des relais d’opinion même en Occident, où on répand déjà des discours d’autodénigrement systématique aux relents d’autocritique collective, aux pieds d’une « Sainte Russie » fantasmée. Curieux manichéisme inversé… Mais pour quels lendemains ? A-t-on pris le soin d’y réfléchir suffisamment ? D.L.

 

 

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